Oublie les objectifs 2026 : le rééquilibrage financier anti-culpabilité pour femmes
En 2026, au lieu de te promettre 10 000 € d’épargne, tu pourrais te promettre ça : ne plus te traiter comme une ennemie chaque fois que tu n’y arrives pas. Et décider que chaque euro mis de côté, de 5, 50€ ou 500€ est une victoire.
Fixer des objectifs financiers ultra précis pour 2026, c’est souvent l’assurance d’un échec annoncé. On se promet de « mettre 500 € de côté tous les mois », comme on se jure de « ne plus jamais manger de sucre », et trois semaines plus tard, la vie réelle débarque : facture surprise, fatigue, rupture, ras-le-bol. L’objectif craque, et avec lui l’estime de soi. La culpabilité fait le reste : on abandonne tout, et on retourne à « on verra bien ».
Cet article propose autre chose : une hygiène financière souple, à la manière d’un rééquilibrage alimentaire. Pas un régime. Pas un plan parfait. Une pratique.
Pourquoi les objectifs financiers rigides font plus de mal que de bien
Les injonctions du type « En 2026, je vais épargner 6 000 € » ont l’air motivantes, mais elles fonctionnent comme les régimes stricts : tant qu’on tient, on se sent forte ; dès qu’on décroche, tout bascule dans le « tant pis, c’est foutu ».
Dans la vraie vie :
Ta situation financière n’est pas linéaire : maladie, chômage, facture imprévue, grève, inflation, séparations, tout peut dérailler en plein milieu d’année.
Les objectifs chiffrés rigides ne tiennent jamais compte de la charge mentale, de la fatigue, ni des aléas émotionnels.
Quand tu ne les atteins pas, tu ne remets pas l’objectif en question, tu te remets toi en question. Et c’est là que la culpabilité te fait lâcher tout le reste.
Comme dans les régimes, le problème n’est pas « toi qui manques de volonté », mais le cadre.
Et un cadre trop étroit, ca casse.
L’argent comme rééquilibrage, pas comme régime
On peut penser l’argent comme l’alimentation : l’obsession de la perfection est un poison, la régularité bienveillante est un médicament.
Un rééquilibrage financier, ce serait :
Faire de son mieux pour dépenser moins que ce que l’on gagne chaque mois, sans chiffre magique.
Accepter que certains mois, faire « mieux » signifie simplement ne pas s’endetter davantage.
Voir chaque euro épargné comme une victoire, que ce soit 50 € ou 1 000 €.
La question n’est plus :
« Ai-je tenu mon objectif parfait ? »
mais :
« Cette semaine, ai-je posé un geste, même petit, qui me protège un peu plus ? »
Cette logique dégonfle la culpabilité, et permet surtout… de continuer. C’est ça qui fait la différence, sur cinq ou dix ans.
Carl Jung, lâcher prise et argent : on ne contrôle pas tout
Carl Jung parlait de l’inconscient comme d’une force qui nous traverse, et de la nécessité d’arrêter de croire que l’ego, la volonté, contrôle tout. La modernité néolibérale nous répète pourtant l’inverse : « Si tu veux, tu peux » ; « Il suffit de se discipliner ».
Appliqué à l’argent, ce fantasme de contrôle total donne :
Des budgets millimétrés, irréalistes.
Des objectifs dignes d’un tableur Excel, pas d’une vie humaine.
Une confusion entre discipline et violence envers soi-même.
Lâcher prise, ici, ne veut pas dire renoncer. Cela veut dire admettre que la vie est plus forte que ton plan.
Tu ne choisis pas toujours ton niveau de salaire, ni le prix de l’énergie, ni l’état de santé d’un proche.
Tu peux en revanche choisir la direction : aller vers plus de marge de manœuvre, même si le chemin est chaotique, irrégulier, imparfait.
Un cadre jungien sain serait :
Distinguer ce qui dépend de toi (observer, ajuster, épargner un peu) de ce qui ne dépend pas de toi (inflation, crise, politiques publiques).
Cesser de faire de l’argent une preuve de valeur personnelle. Tu n’es pas ton compte en banque, pas plus que tu n’es ton poids.
Une boussole à la place d’un plan : quelques principes simples
Au lieu d’un plan figé pour 2026, tu peux te donner une boussole. Quelques règles souples, tenables, qui t’accompagnent quel que soit le contexte.
Par exemple :
Règle 1 : Toujours essayer de finir le mois en positif. Même de 5 €. Même si tu dois recommencer chaque mois.
Règle 2 : Épargner « quelque chose » dès que tu peux. 20 €, 50 €, 200 €… Peu importe. L’acte compte autant que le montant.
Règle 3 : Ne jamais considérer un mois « raté ». Juste un mois où tu as appris quelque chose sur tes dépenses (ou sur ce qui t’a dérapé : fatigue, pression sociale, événement).
Règle 4 : T’autoriser des périodes off. Un mois où tu ne peux pas épargner n’est pas un échec. C’est un mois de survie, et survivre, c’est déjà énorme.
Cette approche est moins spectaculaire qu’un challenge « 10 000 € en un an ». Mais elle est tenable, et donc infiniment plus transformatrice.
Se féliciter de l’effort, pas seulement du résultat
La culpabilité financière vient souvent du fait qu’on ne valide que le résultat final :
« J’ai 5 000 € d’épargne, donc je suis “bien” »
« Je n’ai rien pu mettre de côté, donc je suis “nulle” »
Or, toute avancée financière repose sur des micro-gestes répétés : annuler un abonnement inutile, cuisiner un peu plus, dire non à une dépense qui ne te ressemble pas, appeler ta banque, mettre 30 € de côté alors que tout semble contre toi.
On peut décider de changer de métrique :
Tu ne te juges plus sur « Est-ce que j’ai tenu mon plan 2026 ? »
Tu te demandes :
« Est-ce que j’ai regardé mes comptes au moins une fois ce mois-ci ? »
« Est-ce que j’ai mis quelque chose de côté, même symbolique ? »
« Est-ce que je me suis parlé avec douceur quand ce n’était pas possible ? »
Ce shift est aussi politique : les femmes ont été socialisées à la culpabilité permanente (corps, maternité, travail, argent). Sortir de la logique du régime financier, c’est refuser une injonction de plus à la perfection.
Comme en rééquilibrage alimentaire : ce n’est pas ce que tu fais parfaitement en janvier qui change ta vie, c’est ce que tu continues à faire, imparfaitement, en octobre.

